Cartographie du récit de vie de Nasim Abaeian

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   Entends-tu ma voix

                                                                     En suspens par la bouche des chênes de Georgia

                                                                                  Comme la mousse des filles évanescentes

                                                                                                                 Minuscules odalisques

                                                                                            Fileuses aux chandelles des rapides

                                                                                         De la Savannah river sœur riveraine

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Une loupe à la main

Entrer le jardin

Un grain grenadine dans le gite

Sur une carte un bois

Dessine une tache de semis

Un cours d’eau trace une ligne

Délie une voix lascive mousse

Jusqu’aux méridiens tenir

Le fanal dans la risée

Miniature odalisque dedans enclose

Amande des troncs navires en partance

Se love entre la peau du fruit vermeille

Jusqu’aux vents portulans des pôles

Se greffe au point (g) du miroir abstrait

Pour qu’un poème spatial

S’ancre d’un écoumène

Et d’une anecdote

Gravite une enfance cosmique

Reportée mi- saules fluviaux

Archive rêvée qu’un croquis Végétal

S’épanche d’un magnétisme

En anneaux concentriques

Pour que s’arriment des archipels

Errantes apesanteurs à venir

Lignes d’erre

Comme qui s’accrochent

À des pays parchemins.

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ALPHA((fleuve))BETS42-Je me souviens

ALPHA((fleuve))BETS42-JE ME SOUVIENS

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ALPHA((fleuve))BETS42 est une installation de paysages textuels interactifs sur écrans tactiles (iPad) (grâce à l’application Speak) pour un alphabet-fleuve disséminé comme une constellation où des lettres, des traces, du matériau textuel se superposent en palimpseste qui font fleuve et sens, pour dire la dérive et le refuge.

  1. 1-Des milliers de papillons transitent ton corps pays ah nous reviendrons
  2. 2-Hymne national qu’entonnent à l’école les pionniers et le salut aux gardiens de la patrie d’avant le bombardement patriotique
  3. 3-Nous avançons le front comme un delta par les champs de tournesols et les mers hypnotiques nos besaces pulmonaires le passé à dos
  4. 4-Ruban Borroméen pour Arrimer nos partances autour d’un puits défait Égrener un alphabet

Présentée récemment au festival de la Maison de la Syrie, à l’Écomusée du fier monde.

Projet Arrimage((s))

 

Atsa.qc.ca, 12-13-14 mai 2017 sur l’Esplanade de la Place des Arts,

Dépolitiser la figure du réfugié, Se rencontrer en poésie

Au croisement de l’histoire orale, de la vidéo et de la pratique poétique, le Projet Arrimage((s)) est une cueillette de témoignages de réfugiés syriens à Montréal et de volontaires canadiens auprès des réfugiés en Grèce et en Allemagne.  Les témoignages biographiques poétisés qui font état d’une réalité tragique tentent de susciter une intimité de la rencontre et d’induire une réception d’arrimage comme acte de solidarité, de dépolitisation et de solitude rompue – en cela c’est une poésie engagée et inclusive.

Composé de vidéos, de témoignages, de transcriptions, de notes et d’écriture poétisée rassemblés dans un recueil, la démarche veut rendre compte d’une dissémination et d’un désir d’arrimage en élaboration constante comme un maillage. Le travail de tissage, la formation de nœuds donnent à voir une grille ou un canevas qui seraient les objets symbolisant le travail de reprise d’une mémoire déchirée. La navigation proposée à travers de multiples transferts médiatiques manifeste, à la fois les dérèglements des liens rompus et leur recomposition, grâce à l’arrimage empathique des éléments et des intimités.

En explorant la porosité et la fluidité des matériaux la démarche veut performer un enrichissement personnel et un gain de territoire vivable, bien que le transfert comporte pareillement des pertes.

Le videopoéme agit comme un élément cathartiqe de dépassement de l’épreuve vers un arrimage créatif d’inclusion avec la nouvelle societé d’accueil. D’aubins (étrangers) les nouveaux arrivants deviennent une aubaine.

2016 : L’année du Je me souviens syrien

L’opération #Bienvenueauxréfugiés, le plan du gouvernement du Canada visant à réinstaller 26 000 réfugiés syriens en 2015-2016 est considérée comme une opération humanitaire d’envergure internationale, un pont aérien mis en place d’urgence qui a sollicité des mesures exceptionnelles, l’investissement d’un important potentiel humain et financier et la mobilisation d’un personnel qualifié, d’équipements et de véhicules tels que des avions ou des autocars. Le temps fort de cette opération s’est déployé sur une période de 80 jours à partir du 10 décembre 2015 au 29 février 2016 lorsque des avions nolisée ont commencé à traverser sans relâche parfois au rythme de chaque 24 heures l’océan Atlantique pour assurer le transport des réfugies parrainés avec 280 passagers à bord de chaque avion d’Air Canada à travers 2 continents, un océan, 5 pays jusqu’aux aéroports de Toronto ou de Montréal et puis vers les différentes provinces et les nombreuses villes canadiennes. C’est une opération de dissémination et de ventilation majeure qui s’est déployée, spatialement, comme acte d’évenementialité et s’est inscrite dans le temps comme acte d’historicité.

De quelle façon se libère métaphoriquement un sens qui fait histoire pour nous ici, au Canada? L’événement fait sens et histoire par la mémoire, par le reconnaitre et la reconnaissance du même historique qui s’en revient. Le même historique, c’est nous autres, encore une fois, s’en venant ici.

Le je me souviens syrien se présente, alors, comme la devise d’une mythologie du renouveau et du recommencement qui comporte une cosmogonie créative. La devise libère un arrimage créatif et innovant.

L’historicité interprétée sur l’axe temporel et l’évenementialité sur l’axe spatial sont métaphorisées par la figure du pont, le pont arrime deux monts, le Mont-Royal qui se trouve à Montréal à 233 mètres d’altitude, et le Mont-Kasion à Damas, plus élevé, qui atteint 1151 mètres.

Betty Hater met Cartes sur Table

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Il résonnait du foyer électrique un mince murmure à peine perceptible, rien à comparer avec les imposantes  cheminées de Chesterfield  dans le Derbyshire alimentées aux charbons, roches noires que les travailleurs des mines extrayaient des sols sédimentaux. À une autre époque, on aurait pu écrire ainsi : chaque soir s’élevaient des cheminées des maisons des flambées de fumée qui tel un cœur chaud maintenaient la cohésion des familles (ou des récits) faute de quoi familles et récit se désagrègent. C’est alors, près d’une de ces cheminées électriques d’ambiance que Mme Betty Hater nous accueille dans le salon familial cosy aux couleurs pastel de la Résidence, bien installée dans un confortable fauteuil saumon et avec son unique et savoureux accent british et un style tout post victorien. Quelque chose nous dit que le récit que nous promet notre perspicace résidente aura toutes les allures d’une intrigue délicieuse inspirée d’un roman policier d’Agatha Christie, sa célèbre compatriote, qui tout comme elle dans sa jeunesse avait rejoint, pendant la guerre, les corps des infirmières. Il nous a été, alors, malicieux d’intituler cet article Cartes sur Table d’après une des premières nouvelles policières d’Agatha Christie. Betty Hater met Cartes sur Table ou nous livre le récit de sa vie dans toute sa vérité.

Née en 1933, dans la ville marchande de Chesterfield, en plein cœur de l’Angleterre, elle n’a que 5 ans quand la guerre éclate et 12 ans quand elle se termine en 1945. De cette époque de son enfance, elle se rappelle le grand absent, son père parti au front combattre avec les Alliés, contre les forces de l’Axe, jusqu’à la mer méditerranée et plus loin, encore, jusqu’à atteindre l’Afrique du Nord, sous le commandement du général Montgomery. La mère gardait le foyer, avec ses trois filles, dont Marion la benjamine et celle qui avait besoin de soins particuliers. Les trois soeurs s’occupaient des tâches ménagères, mettaient la table, rangeaient la maisonnette, alors que Betty, elle, devait être souvent rappelée à l’ordre, car elle avait encore la tête dams les livres Your head in a book! Quant elle a le temps, entre les courses aux rations alimentaires, elle fait un tour à la bibliothèque, emprunter un livre. La pénurie de nourriture était courante pendant la guerre, mais les livres elle pouvait en dévorer tant quelle voulait. Pourtant de ces années de privation, elle dira que la santé des citoyens était meilleure qu’aujourd’hui, peu de gras et peu de sucre. Betty parle en professionnel de la santé, si la guerre est désastreuse, le corps semble revigoré par un régime alimentaire faible en gras.

À son retour, le père veut leur faire oublier les années sombres de la guerre et lance une entreprise familiale des plus féeriques pour les filles Hater, un Candy Store, une bonbonnière où on vend, en plus des glaces et du tabac, toute la gamme de confiseries prisées à la ronde. La famille au complet se serre les coudes pour faire prospérer l’entreprise, négociant des chocolats chez les Macintosh ou les Cadbury qui opèrent depuis 1824, installant une machine à crème glacée automatique qui roule des sorbets en spirales élégantes à la manière du clocher tors de l’Église Sainte-Marie du coin. Alors que les filles tiennent la caisse, la mère reçoit et fidélise la clientèle de Nottingham Shore. Mais quelque chose préoccupe la jeune Betty, elle a été témoin d’une scène qui lui reste à jamais gravée dans l’esprit. Cette scène qui la touche la voici : une vielle dame atteinte d’artérite placée dans une chaise roulante et aidée par des soignantes. À l’âge de ses 16 ans, elle quitte la maison paternelle et décide de prendre fonction dans une maison de convalescence, puis à 18 ans elle s’inscrit dans un établissement où elle suit une formation pour devenir infirmière.

(À suivre)