Hécube/ Ulysse

La voix du jeune homme (fils de Kinda):

Comme guenille d’eau, pauvre jouet des vagues agitées, je reste étendu sur le rivage, privé de funérailles, privé des larmes des miens Maintenant pour voir ma mère, chérie, j’abandonne mon corps, devenu songe, voilà, deux jours que la malheureuse est arrivée sur les îles…

Il s’étend.

Scène 2

Kinda et la fillette sortent de l’ombre, circulent parmi les spectateurs.

Kinda : Effrayante apparition que j’ai vue en songe, mes malheurs ne s’arrêtent pas avec la chute de la ville, la destruction n’est pas encore totale. Quand le temps est venu, nous avons pris le large. Reine chez moi, me voilà devenue esclave. Depuis hier je les ai attendus. Les avez-vous vu… quelqu’un a-t-il des leurs nouvelles… Un jeune garçon et ma fille …

Voix du chœur :

Combien de supplices devons-nous encore supporter?

Entends nos souffrances, car elles sont tiennes et te concernent aussi!

Quelle relation nous amène ici et maintenant? Qu’était Hécube pour Ulysse? Que sommes-nous pour vous? Mais voici Hécube…

Kinda monte sur scène, un masque sur le visage. Ulysse est de dos. Le même personnage que sur chaise roulante.

Atarghatis

Les Petites Déesses Syriennes

Père!

Je te dessine comme un soleil à l’horizon, les bras tendus vers l’espace infini, dans la noirceur des nuits.

Un rayon de soleil que tu fus sur les larges saules ployant dans l’arrière-plan, scintillance jaune rouge orangé reflet de ma naissance

Où tu ne fus pas je te cherchais

Étais-tu cet arbre, la rue d’en face, l’ange qui encore survolait mon front ou

Déjà parti par-delà les mers les océans les continents

Une larme qui perle sur ta joue dans la main une flamme dansante

 Dedans enclose l’amande miniature odalisque

Un parchemin avec mon prénom

Mon aura te poursuivant au-dessus des ports d’attache sur les navires en partance

À mon retour reconnaîtras-tu mon visage mes yeux ma bouche mes joues?

Reconnaîtras-tu ma voix et mon rire quand tu les entendras?

Serai-je pour toi l’arc en ciel des jours, le grain grenadine des vergers à venir

Je m’appelle Atargathis.

Je suis née dans les confins méridionaux des steppes du Nord de la Syrie.

On m’appela ainsi contre le mauvais œil afin de me protéger des rites maléfiques et des personnes malveillantes.

Je me devais de garder secret la signification protectrice de mon nom comme un sceau caché dans un parchemin.

Quand j’atteins mes 12 ans on m’invita à une faste fête du coin pour m’apprendre la portée de la cueillette. Il s’agissait de cueillir les belles poires qui poussaient sur les arbres du verger.

Mais je n’en trouvais plus aucune puisque toutes les autres déesses les avaient déjà cueillies avant moi. Je vis alors d’étranges plants qui ressemblaient à des torches.

C’était des sumacs. Dans ma langue ça sonnait drôlement comme des poissons سمك. Comme c’était le jour de ma fête j’en cueillis 12 au nombre de mes années.

Voyant de loin ce qui débordait de mon panier les gens du village crurent que c’étaient des poissons et depuis je suis devenue la déesse à queue de poisson avec une torche sur la tête.

Les Naufragés

Scène 1 : Elle et lui

(Deux Naufragés se tiennent Debout

Implorant la Mer d’un amour à franchir les Sabliers en Anamnèse)

Lui : Oh si loin déjà dis-moi la vie 

Parle-moi comme les révolutions 

Elle : Me grime l’eau 

Quand l’eau est un corps 

Le motif désuet 

Une couture que trompe la soif 

Comme dentelle de sauge 

Les saisons disent quand ploie un sol  

Son pli en défaut 

Mime-moi qu’un astre se dénude 

Mille fois un espace en toi 

Me plisse l’eau d’une soie 

Vingt samouraïs gravitent 

Écoute les berges 

Le Tambourin

Ce texte évoque le mouvement en spirale, d’enracinement et de déracinement, dans les entre-lieux transitoires, et comme dans tout rite de passage, au début il y a la mort, la séparation…

pedago22

La mort, à l’image d’une chenille charnue, dévorant, goulûment, les feuilles mûres de l’arbre de la vie, jusqu’au fruit vermeille, jusqu’au noyau dur de toutes les possibilités. À quoi, cela pouvait-il servir, de l’inscrire sur une feuille de papier, le rendre accessible à une conceptualisation sensée? À quoi bon, le déposer dans un texte, aux ramifications hasardeuses, comme une trainée évanescente, traces d’ailes de papillon défunts, poudre magique ou poussière qui venait balayer de sa coloration rousse les boiseries des fenêtres damascènes, pollen des grands peupliers qui enneigeait de ses chatons blancs le parc Vancouver … Mémoire, mémoire dont il voulait se défaire à tout prix, taire la lancinante mélodie.