Le tumulte des rois chamanes

Un instant déjà le tumulte des rois chamanes dans la demeure

Le mystère fiévreux ou tu gis parmi les fruits d’or

Bras croisés rompus un instant encore tes lèvres

Ou passe le cours du cygne

Le ventriloque rire des anciens promus

Qui à une nouvelle existence qui à l’humble veille

Des sentinelles marines

Hécube/ Ulysse

La voix du jeune homme (fils de Kinda):

Comme guenille d’eau, pauvre jouet des vagues agitées, je reste étendu sur le rivage, privé de funérailles, privé des larmes des miens Maintenant pour voir ma mère, chérie, j’abandonne mon corps, devenu songe, voilà, deux jours que la malheureuse est arrivée sur les îles…

Il s’étend.

Scène 2

Kinda et la fillette sortent de l’ombre, circulent parmi les spectateurs.

Kinda : Effrayante apparition que j’ai vue en songe, mes malheurs ne s’arrêtent pas avec la chute de la ville, la destruction n’est pas encore totale. Quand le temps est venu, nous avons pris le large. Reine chez moi, me voilà devenue esclave. Depuis hier je les ai attendus. Les avez-vous vu… quelqu’un a-t-il des leurs nouvelles… Un jeune garçon et ma fille …

Voix du chœur :

Combien de supplices devons-nous encore supporter?

Entends nos souffrances, car elles sont tiennes et te concernent aussi!

Quelle relation nous amène ici et maintenant? Qu’était Hécube pour Ulysse? Que sommes-nous pour vous? Mais voici Hécube…

Kinda monte sur scène, un masque sur le visage. Ulysse est de dos. Le même personnage que sur chaise roulante.

Les Naufragés

Scène 1 : Elle et lui

(Deux Naufragés se tiennent Debout

Implorant la Mer d’un amour à franchir les Sabliers en Anamnèse)

Lui : Oh si loin déjà dis-moi la vie 

Parle-moi comme les révolutions 

Elle : Me grime l’eau 

Quand l’eau est un corps 

Le motif désuet 

Une couture que trompe la soif 

Comme dentelle de sauge 

Les saisons disent quand ploie un sol  

Son pli en défaut 

Mime-moi qu’un astre se dénude 

Mille fois un espace en toi 

Me plisse l’eau d’une soie 

Vingt samouraïs gravitent 

Écoute les berges 

Le Tambourin

Ce texte évoque le mouvement en spirale, d’enracinement et de déracinement, dans les entre-lieux transitoires, et comme dans tout rite de passage, au début il y a la mort, la séparation…

pedago22

La mort, à l’image d’une chenille charnue, dévorant, goulûment, les feuilles mûres de l’arbre de la vie, jusqu’au fruit vermeille, jusqu’au noyau dur de toutes les possibilités. À quoi, cela pouvait-il servir, de l’inscrire sur une feuille de papier, le rendre accessible à une conceptualisation sensée? À quoi bon, le déposer dans un texte, aux ramifications hasardeuses, comme une trainée évanescente, traces d’ailes de papillon défunts, poudre magique ou poussière qui venait balayer de sa coloration rousse les boiseries des fenêtres damascènes, pollen des grands peupliers qui enneigeait de ses chatons blancs le parc Vancouver … Mémoire, mémoire dont il voulait se défaire à tout prix, taire la lancinante mélodie.