Le tumulte des rois chamanes

Un instant déjà le tumulte des rois chamanes dans la demeure

Le mystère fiévreux ou tu gis parmi les fruits d’or

Bras croisés rompus un instant encore tes lèvres

Ou passe le cours du cygne

Le ventriloque rire des anciens promus

Qui à une nouvelle existence qui à l’humble veille

Des sentinelles marines

Tous la frontière

(…)

Elle apprit plus tard que la créature géante, l’oiseau licorne avait été l’amour secret du jeune garçon qui grandit et partit pour Cuba, mais ne l’oublia jamais. Cuba avait été l’épisode de son cœur jeune. Les récits et les discours des réunions embuées de fumée à travers la porte vitrée givrée l’avaient assez tôt enclin à prendre cette direction. Douze années passèrent, puis la créature se fit minuscule et un jour disparut. Sa prochaine étape avait été le Mexique et la végétation luxuriante qui prenaient d’assaut les pyramides sous un soleil de plomb le fit réfléchir à la signification de la vie. Il pensa que les fins de vie sont ambiguës, qu’on peut mourir sous les bombardements ou à cause des maladies, mais qu’est-ce que cela signifie d’être confronté à la mort, de choisir de vivre ou de mourir? Et si face à ce choix on décide de mourir, un suicide, par exemple, qu’arriverait-il à son univers, qu’aurait on provoqué? Et s’il prenait à la conscience de ne pas s’éteindre tout de suite comme une lumière, mais de diminuer peu à peu ou de camper dans un état de veille comme quelques funestes étoiles? Dans ce cas, n’y avait-il pas la probabilité que des modèles resteraient conscients d’eux-mêmes, au moins un peu de temps, des couches d’existence superposées comme les pyramides pousseraient de façon exponentielle mais dans des univers qui n’obéissent plus aux règles familières. Et pour chaque moi qui vit d’une existence familière, n’y avait-il pas un nombre d’autres versions inabouties ou obsolètes qui remplissent l’espace et qui se demandent pourquoi leur existence s’estompe? Une cloison de plastique séparerait la conscience de ce processus et les survivants seraient maintenu dans l’ignorance du sacrifice et des mésaventures qui constituaient le quotidien de leurs autres copies et de leurs tristes destins, pour qu’enfin un moi-mosaïque survive. Les bandes imbriquées de la vigne chacune avec leur degré de coloration manifestait à présent de multiples visages qui lui firent croire que la façon dont la conscience humaine se moule dans l’univers physique et la manière dont celui-ci comme le lierre drape cette conscience, l’intuition de cela, était suffisant pour provoquer un effondrement quantique, ce qui à l’échelle humaine était l’équivalent de la mort. (…)

Hécube/ Ulysse

La voix du jeune homme (fils de Kinda):

Comme guenille d’eau, pauvre jouet des vagues agitées, je reste étendu sur le rivage, privé de funérailles, privé des larmes des miens Maintenant pour voir ma mère, chérie, j’abandonne mon corps, devenu songe, voilà, deux jours que la malheureuse est arrivée sur les îles…

Il s’étend.

Scène 2

Kinda et la fillette sortent de l’ombre, circulent parmi les spectateurs.

Kinda : Effrayante apparition que j’ai vue en songe, mes malheurs ne s’arrêtent pas avec la chute de la ville, la destruction n’est pas encore totale. Quand le temps est venu, nous avons pris le large. Reine chez moi, me voilà devenue esclave. Depuis hier je les ai attendus. Les avez-vous vu… quelqu’un a-t-il des leurs nouvelles… Un jeune garçon et ma fille …

Voix du chœur :

Combien de supplices devons-nous encore supporter?

Entends nos souffrances, car elles sont tiennes et te concernent aussi!

Quelle relation nous amène ici et maintenant? Qu’était Hécube pour Ulysse? Que sommes-nous pour vous? Mais voici Hécube…

Kinda monte sur scène, un masque sur le visage. Ulysse est de dos. Le même personnage que sur chaise roulante.

Atarghatis

Les Petites Déesses Syriennes

Père!

Je te dessine comme un soleil à l’horizon, les bras tendus vers l’espace infini, dans la noirceur des nuits.

Un rayon de soleil que tu fus sur les larges saules ployant dans l’arrière-plan, scintillance jaune rouge orangé reflet de ma naissance

Où tu ne fus pas je te cherchais

Étais-tu cet arbre, la rue d’en face, l’ange qui encore survolait mon front ou

Déjà parti par-delà les mers les océans les continents

Une larme qui perle sur ta joue dans la main une flamme dansante

 Dedans enclose l’amande miniature odalisque

Un parchemin avec mon prénom

Mon aura te poursuivant au-dessus des ports d’attache sur les navires en partance

À mon retour reconnaîtras-tu mon visage mes yeux ma bouche mes joues?

Reconnaîtras-tu ma voix et mon rire quand tu les entendras?

Serai-je pour toi l’arc en ciel des jours, le grain grenadine des vergers à venir

Je m’appelle Atargathis.

Je suis née dans les confins méridionaux des steppes du Nord de la Syrie.

On m’appela ainsi contre le mauvais œil afin de me protéger des rites maléfiques et des personnes malveillantes.

Je me devais de garder secret la signification protectrice de mon nom comme un sceau caché dans un parchemin.

Quand j’atteins mes 12 ans on m’invita à une faste fête du coin pour m’apprendre la portée de la cueillette. Il s’agissait de cueillir les belles poires qui poussaient sur les arbres du verger.

Mais je n’en trouvais plus aucune puisque toutes les autres déesses les avaient déjà cueillies avant moi. Je vis alors d’étranges plants qui ressemblaient à des torches.

C’était des sumacs. Dans ma langue ça sonnait drôlement comme des poissons سمك. Comme c’était le jour de ma fête j’en cueillis 12 au nombre de mes années.

Voyant de loin ce qui débordait de mon panier les gens du village crurent que c’étaient des poissons et depuis je suis devenue la déesse à queue de poisson avec une torche sur la tête.

Les Naufragés

Scène 1 : Elle et lui

(Deux Naufragés se tiennent Debout

Implorant la Mer d’un amour à franchir les Sabliers en Anamnèse)

Lui : Oh si loin déjà dis-moi la vie 

Parle-moi comme les révolutions 

Elle : Me grime l’eau 

Quand l’eau est un corps 

Le motif désuet 

Une couture que trompe la soif 

Comme dentelle de sauge 

Les saisons disent quand ploie un sol  

Son pli en défaut 

Mime-moi qu’un astre se dénude 

Mille fois un espace en toi 

Me plisse l’eau d’une soie 

Vingt samouraïs gravitent 

Écoute les berges 

Le Tambourin

Ce texte évoque le mouvement en spirale, d’enracinement et de déracinement, dans les entre-lieux transitoires, et comme dans tout rite de passage, au début il y a la mort, la séparation…

pedago22

La mort, à l’image d’une chenille charnue, dévorant, goulûment, les feuilles mûres de l’arbre de la vie, jusqu’au fruit vermeille, jusqu’au noyau dur de toutes les possibilités. À quoi, cela pouvait-il servir, de l’inscrire sur une feuille de papier, le rendre accessible à une conceptualisation sensée? À quoi bon, le déposer dans un texte, aux ramifications hasardeuses, comme une trainée évanescente, traces d’ailes de papillon défunts, poudre magique ou poussière qui venait balayer de sa coloration rousse les boiseries des fenêtres damascènes, pollen des grands peupliers qui enneigeait de ses chatons blancs le parc Vancouver … Mémoire, mémoire dont il voulait se défaire à tout prix, taire la lancinante mélodie.